Carnet de mission : Projet Éthiopie, Mission 2011 à Djibouti

Du 23 au 30 avril 2011, la section française d’Archivistes sans frontières envoie deux de ses membres à Djibouti à l’occasion d’un colloque international portant sur le patrimoine de ce pays de la Corne de l’Afrique, situé à l’ouest du golfe d’Aden : « Histoire et archives de Djibouti et de sa région : projets et enjeux ».

 
 
Jeudi 28 avril 2011
 
 

Le colloque est terminé mais de nouvelles pistes s’ouvrent à nous

 
 

7h30 : nous nous rendons à l’Institut Arthur Rimbaud, retrouver une partie des intervenants pour la visite des lieux, et notamment des fonds documentaires concernant la région. Nous repérons des ouvrages intéressants sur le chemin de fer mais au delà sur des questions économiques et sociales. L’IFAR conserve par ailleurs, un fonds d’une trentaine de mètres linéaires de documents relatifs à Djibouti (rapports techniques officiels, mémoires de recherches, etc.).

Nous poursuivons tous ensemble en direction de la Gare pour une nouvelle visite des lieux. Nous retrouvons le Directeur, son adjoint ainsi que 2 employés du Chemin de fer qui nous accompagnerons. Le Directeur nous confirme son plein soutien tout en nous rappelant la difficulté qu’il a, de passer le message au sein d’une partie du personnel de la Compagnie dans le contexte actuel.

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Nous parlementons pour obtenir l’accès aux locaux du RDC et des combles, fameux nid du Serpent géant. Rien n’y fait.

Nous constatons que le vasistas de la cave dans laquelle nous sommes descendus, a été bouché depuis notre dernier passage. Ce ne sera plus un déversoir à détritus en tout genre qui couvrait les archives entassées dans ce petit espace. En revanche, le cauchemar de cette pauvre cave continue, bien hermétiquement isolée sans espoir de ventilation à présent. Dans quel état trouverons-nous ces documents lors de notre mission de sauvegarde que nous espérons prochaine ????

Nous sommes contraints de temporiser et d’entamer un tour de la concession qui nous comble bien au delà de nos attentes.

Nous reprenons le même trajet que la première fois (lundi 24 avril). Nous rejoignons l’entrée centrale. Sur la façade dela Gare, le nom de la Compagnie était affiché par le biais d’un panneau lumineux. Il a été brisé en 2 morceaux il y un mois, une moitié était encore présente lundi. Aujourd’hui il n’en reste rien.

Un des chercheurs dispose heureusement de la photo d’origine prise par hasard il y a 2 mois !

Nous passons dans le couloir central qui nous conduit aux quais puis longeons et finalement traversons les voies. Nous rejoignons les entrepôts tandis que les employés nous expliquent sur le trajet, le fonctionnement des matériels. Mais grave erreur technique : aucun d’entre nous ne dispose d’appareil d’enregistrement ! Ma batterie d’appareil photos vient de virer au rouge en prime ! Chercheurs et archivistes se retrouvent désormais solidaires dans la collecte et crayon à la main, tous notent frénétiquement !

Nous rencontrons les premières installations : la pesée des wagons de marchandises avant leur approche des dépôts, l’approvisionnement en carburant de la gare (les wagons citernes pouvant longer les dépôts de stockage), puis de nombreux wagons de marchandises et passagers qui roulent encore pour certains.

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Chef d’atelier

Nous entrons dans les hangars, visitons les machines et parcourons tous l’espace des ateliers avec un des responsables de la maintenance qui nous explique par de grands gestes comment étaient soulevées les locomotives par des systèmes de vérins combinés avec la force humaine ! un autre employé du chemin de fer nous explique le fonctionnement de la forge et de tout le processus de restauration des boggies, les machines destinées à la coupe des rails, les presses etc. L’accès avec la pointeuse et les boîtes à fiches sont encore en place, nous attendrions presque plus que les employés. Malgré tout, il ne faut pas ignorer l’état d’abandon général des installations, la couche de rouille et les ronces, les débris de locomotives à vapeur dont ne reste que la chaudière éventrée et remplie de gravas et de détritus.

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Archives de la Voie

Le toit des hangars est heureusement en bonne état, fait de poutrelles métalliques à intervalles réguliers qui permettent de tenir une armature de béton incurvé. C’est certainement un des derniers gages de protection de ces installations.

Jean François Breton par ailleurs évoque l’existence d’un chemin de fer en Erythrée, construit par les Italiens peu avant le djibouto – éthiopien. Il est en parfait état de marche, car restauré par le gouvernement érythréen pour un projet touristique.

Nous continuons en direction d’un local isolé qui se révèle contenir une 20aine de mètres linéaires d’archives de la Voies, Ateliers et du matériel roulant rangé dans les mêmes éternels casiers métalliques au milieu d’un fatras en tout genre de bureaux, mobiliers ensevelis sous les gravas et la poussière. Le tout reste en bon état de conservation.

Nous revenons progressivement sur la gare en poursuivant nos découvertes de machines les plus diverses, chaudières et wagons. Certains d’entre eux sont complètement dépouillés de leur carcasse, seuls les boggies et le plateau sont intacts. Les wagons citernes sont encore en bon état. Nous pouvons visiter encore quelques wagons de voyageurs qui ont mieux résisté que les carcasses de bois des wagons de marchandises.

De retour à l’entrée de la gare

Nous nous rassemblons au pied des bâtiments administratifs comme pour un « sit in » ultime et obtenir enfin l’ouverture des derniers locaux. Colette Dubois rappelle encore à l’attention du Directeur dela Compagnie, avoir vu les dossiers de personnel au RDC, confirmé par Jean François Breton qui les avait aussi identifiés lors de sa visite quelques mois auparavant.

Un premier obstacle fini par sauter. La lumière ayant été rétablie dans un local que nous avions fouillé lundi sans succès, Vincent repère alors une porte qui permet d’atteindre l’escalier qui mène aux combles. Un des cheminots dans un enthousiasme certain, fait littéralement sauter la serrure. Nous arrivons sur une plateforme et à 2,5 m de haut, une porte et ce fameux escalier qui permet d’accéder aux sous pentes. Les employés ramènent alors un bureau et une chaise. Vincent peut accéder aux premières marches avec un des cheminots. Au sommet cependant : ni archives et ni serpent géant. Si nous sommes un peu déçus par le premier constat, le second en revanche aurait été certainement plus difficile à gérer.

A partir de là, l’élan général fini par emporter les dernières résistances, les serrures soudées du RDC, ne nécessitent guère plus qu’un simple tour de clé pour s’ouvrir comme par enchantement. Les derniers fonds sont mis au jour : dossiers de personnels, plan de construction et d’aménagement des gares de la ligne en territoire djiboutien et comptabilité y compris du Club des Cheminots.

L’ensemble prend forme avec le fonds des dossiers de la Voie trouvé quelques heures avant mais aussi les différents fonds déjà localisés lundi : gestion du personnel, les statistiques dans les bureaux, les dossiers de la cave, les 12 m3 d’archives commerciales liées au trafic dans les hangars de bois.

C’est plus que satisfaits que nous pouvons considérer un des objectifs de la mission bel et bien atteint avec la localisation de ces fonds. L’adjoint du directeur dela Compagniea commencé à s’informer auprès de nous, de la place qu’il nous faudrait pour traiter / stocker en prévision de notre retour.

Une douche et bon déjeuner nous remettent d’aplomb et nous partons visiter le quartier de Balbala, sujet de l’intervention d’Amina Said Chire pendant le colloque et qu’elle nous fait elle même visiter en voiture. Les populations sont installées dans des baraquements en tôles qu’elles ont aménagés. Elles ne veulent pas les quittés au profit de maisons en dur et préfère rester proche de la ville parfois en plein milieu du lit de l’oued dont on sait que les flots emporteront tout lors d’une prochaine crue. La dernière, de 2004, avait porté l’eau jusqu’à la place Rimbaud au cœur de la ville.

Nous revenons sur la place Ménélik, un passage au cybercafé, un temps sous les arcades de la place pour une pause réparatrice et nous retrouvons par hasard certains de nos amis du colloque. Nous préparons avec eux notre sortie de demain le long de la voie jusqu’à la frontière djiboutienne, sinon au moins jusqu’au viaduc de type Eiffel de Hol-Hol situé à 52 km de Djibouti à la sortie dela Garedu même nom, à 438 m d’altitude au dessus du niveau de la mer. Départ prévu au plus tard à 7h30 avec une provision d’eau suffisante….

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